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25/01/11 Le Lombricompostage

C'est bon, vous n'avez enfin plus de doute sur le tri de vos déchets et sur la destination de tous ces plastiques ou cartons si différents ? Désormais, vous essayez de tenir compte de l'emballage lors de vos achats de produits ? Vous vous demandez comment  aller encore plus loin et réduire toujours plus vos  déchets jetés puis incinérés ? Ou encore mieux, comment vous pourriez valoriser certains de vos déchets en les transformant en engrais naturel de très bonne qualité ? La solution existe : adoptez un lombricomposteur !

 

Cliquez ici pour un tableau des aliments à donner au lombricomposteur.

Cliquez ici pour visionner deux vidéos que j'ai réalisées de mon Can-O-Worm.

Un lombricomposteur, késako ?

Un lombricomposteur (ou vermicomposteur) est un bac dans lequel vous allez pouvoir déposer une large majorité de vos épluchures de fruits ou légumes, de cartons, de vos coquilles d'œuf, de vos sachets de thé ou encore de votre marc de café.

Dans ce bac, des vers vont travailler pour vous et transformer en quelques mois ce mélange de déchets en compost très riche et en engrais liquide concentré, le nec-plus-ultra pour vos plantes et cultures. Ce système, bien développé dans certains pays (Australie, Canada, Nouvelle-zélande) est sans odeur et vous permet de réduire le volume de vos déchets jetés, en évitant  ainsi que toutes ces épluchures humides ne finissent par alimenter les incinérateurs.

Un mini écosystème

Aristote disait des vers qu'ils étaient les intestins de la terre. Le lombricompost est un petit écosystème équilibré car les vers ne travaillent pas seuls. Tout comme pour l’humus d’une forêt, ils sont aidés de toutes une faune qui m’était méconnue composée de bactéries, de moisissures, de nématodes, de protozoaires, de collemboles, de certains acariens ou encore de diploures. La vie d’un sol, quoi ! On associe souvent deux types de vers : le vers de fumier (tigrés - Eisenia foetida) et le vers de Californie (rouges - Eisenia andrei). 500 grammes (environ 1000 vers) permet un bon début. Ils seraient capable de digérer par jour la moitié de leur poids. Cela ne fonctionne pas avec des lombrics / vers de terre, non adaptés à cette application. Evidemment, plus l’écosystème est petit, plus il est fragile. Il est donc important de bien suivre certaines recommandations.

Il ne faut pas ajouter n’importe quels déchets, par exemple : l’ail ou la rhubarbe ont des propriétés vermifuges. Les épluchures d’agrumes vont acidifier le système. Par ailleurs, les restes de viande ou de produits laitiers sont à proscrire car ils vont dégager une odeur de pourriture. Il ne faut pas oublier d’ajouter du carton découpé en morceaux pour un apport en carbone et pour absorber une partie de l’humidité.

Le bon point est que les vers régulent tout seul leur population en fonction de la quantité de nourriture que vous leur fournirez. Ils sont capables de doubler leur population tous les trois mois.

E-foetidaCollemboles

 

Les atouts du lombricompost

Le lombricompost est un engrais naturel riche en humus, enzymes, oligoéléments, hormones de croissance et flore bactérienne. Il est  sans danger, même pour les jeunes plants. Rapidement assimilable, car dégradé en éléments très simples par les vers, il enrichie le sol en favorisant son aération, en améliorant l’infiltration et la percolation de l’eau tout en assurant la restauration d’un pH optimal. A terme, les matières organiques augmenteraient les capacités des plantes à résister à la sécheresse, au gel, aux pollutions diverses et aux maladies. La production de chlorophylle serait favorisée, tout comme la vitamine C, les glucides, les protéines, les acides aminés et les huiles. Une augmentation du rendement serait constatable rapidement. Ces résultats sont publiés dans de nombreuses études scientifiques (voir les références en bas de page)

Par contre, il ne fait pas revenir l'amour perdu.

Le thé de compost

Les lombricomposteurs du commerce permettent de récupérer le "jus" provenant de l'humidité qui percole jusqu'au fond du bac. Le thé de compost est un engrais très riche, contenant des microorganismes qui vont aider la plante à se développer et résister aux maladies.

Il est conseillé de diluer au 1/10ème le thé récolté dans de l'eau avant son utilisation.

Pour préserver la qualité de vie microbienne du thé, il est conseillé de l'utiliser rapidement, les bactéries ayant besoin d'oxygène pour survivre. Une conservation prolongée réduira donc son efficacité. Le thé restera malgré tout très riche en éléments nutritifs facilement assimilables par le système racinaire de la plante.

Pour plus de précisions, voir le 'Compost tea guide', dans les références en bas de page.

Comment se procurer un lombricomposteur ?

Pour avoir un lombricomposteur, il y a plusieurs solutions. La moins chère, c’est de le fabriquer soi-même puis de se procurer les vers. L’autre solution, malheureusement assez onéreuse, est d’en acheter un. 

Pour le fabriquer soi-même, en bois, plastique ou polystyrène, vous pourrez trouver de nombreux conseils sur le net (un exemple ici).  Il vous restera à vous procurer les vers.

Personnellement, j’ai préféré me faire offrir, à l’occasion de mon anniversaire, la rolls des modèles commercialisés, en plastique recyclé, avec les vers : le can-o-worm. Vendu par correspondance, frais de port compris 135€, il est clair que le prix pourrait rebuter les moins motivés. Mon amie n’aimant pas du tout les vers, je voulais un système au point empêchant l’éventuelle fuite des vers. Me voilà donc l’heureux possesseur d’une véritable mini-usine de traitement des déchets.

L'exemple du Can-O-Worm (COW)

Le can-o-worm (COW) est un lombricomposteur en plastique recyclé vertical à plateaux, directement importé d'Australie (bouh, le mauvais bilan carbone !). Lorsque le premier plateau est rempli de vos déchets, vous pouvez en ajouter un nouveau et le remplir aussi. Des trous laisseront passer le vers qui monteront naturellement. Au bout de plusieurs mois, le plateau inférieur ne contiendra que du compost qui pourra être récupéré, tout en décalant les plateaux. Le système dispose d’un robinet permettant de récolter au fur et à mesure le thé-de-vers, l’engrais concentré à diluer 10 fois dans de l’eau.

Le démarrage :

Avant, tout, bien lire la notice et si possible, s’intéresser aux forums pour y trouver les diverses expériences d’utilisateurs ayant testé avant vous le lombricompostage et éviter ainsi certaines erreurs. Personnellement, j’ai dès le début commis une erreur en ajoutant trop de fibres de coco.

Le can-O-worms est facile à monter. Il est conseillé de ne pas mettre trop d’épluchures au début et d’augmenter au fur et à mesure, au fil des mois, la quantité de nourriture ajoutée pour permettre aux vers de faire la transition entre leur litière de coco et vos déchets.

Après un mois et demi :

Le premier bon point : ça ne sent pas, c’est clair. Même le nez dedans, une fois le couvercle ouvert, il y a une odeur humide d’humus mais rien de plus.

Je n’ai pas encore récupéré d’engrais liquide. D’après les forums et surtout en hiver, il est nécessaire d'attendre un peu plus de temps (tout dépendra de la quantité et du type de nourriture apporté).

Pour le moment, je découpe tout en petits morceaux, pour accélérer leur dégradation. J’essaye de broyer le plus finement possible les coquilles d’œufs après les avoir fait sécher (sinon, leur dégradation est plus difficile).

Le lombricomposteur étant dans mon garage, le froid semble ralentir le système. Lors des récentes baisses de température (il faisait 2-3°C dans mon garage), j’ai pu négocier de rentrer le lombricompoteur dans une pièce chauffée à 18°C. Les vers sont alors clairement devenus plus « voraces ». Après isolation de mon garage, la température de 8-10°C rend les vers… moyennement actifs.  Il semblerait que la température optimale soit située entre 15 et 25°C.

Le can-O-worm permet de placer pas mal de déchets. A deux, pour le moment, nous ne générons pas énormément de déchets. J’ai donc demandé un peu d’aide à mes collègues qui n'ont pas été rebutés par cette idée.

Il y a franchement un côté que j’apprécie à aller nourrir les vers. On se dit doublement gagnant : on réduit nos déchets et on produit du bon compost. Par contre, le principal défaut réside dans les quelques épluchures qui ne sont pas conseillées pour être lombricomposter, tels que les épluchures de pomme de terre ou les peaux d'avocat...

Après 6 mois d'utilisation :

Tout roule à peu près bien : il y a surtout de bonnes habitudes à prendre. Par exemple, je découpe toujours les épluchures puis les stocke dans une boîte hermétique. J'ajoute toujours 20 % de carton découpé à partir de rouleaux de sopalin, papiers toilette ou de boîtes à oeuf. J'utilise aussi toujours les tapis d'humidification.

Résultat, en 3 jours, je récupère assez d'engrais liquide pour le diluer dans 1,5 L d'eau (je dois être autour de 10 L d'engrais dilué par mois) et je viens d'obtenir mon premier compost, qui m'a l'air très riche. Mais avant, il m'a fallu trier les vers dedans : c'est très long, au moins 2h, et fastidieux, en laissant les oeufs de vers. Je n'ai pas encore de retour sur le compost ( placé sur les plantes et sur les légumes) mais l'engrais liquide semble avoir sorti l'une des plantes de son lent déclin : de nouvelles pousses toutes fraîches, alors qu'elle dépérissait depuis deux ans, malgré un rempotage!

Il n'y a pas d'odeur désagréable. Ceci dit, après un ajout d'épluchures de carottes ou bien de marc de café, il y a toujours une odeur caractéristique en ouvrant le couvercle.

Au niveau des problèmes, il semblerait que mon composte soit trop acide : j'ai de petits vers translucides très fins. Pourtant, je met des coquilles d'oeuf broyées. Je me suis retrouvé avec une mouche et ses conséquences : une dizaine d'asticots dont j''espère m'être débarrassé. Je pense que le fait que le COW soit à l'obscurité dans le garage limite leur invasion.

Pour résumer mes problèmes rencontrés

- Légères fuites au niveau des pieds du Can-O-Worm : je n'arrive pas à me débarrasser de ce problème. Je pense qu'il est du à une trop forte humidité à l'intérieur du lombricomposte, entraînant l'accumulation de terre très fine et liquide sur les aérations du bac collecteur de thé de vers. Je nettoie de temps en temps et surtout ajoute plus de matières carbonées sèches.

- Invasion de moucherons : stopper temporairement l'apport de nourriture. Eliminer les larves tous les jours, une par une. Recouvrir les aliments de cartons déchirés.

- Invasion de tous petits vers blancs. Visiblement, il y a deux possibilités : milieu trop acide ou milieu trop humide. Si c'est la première possibilité, il faut ajouter régulièrement des coquilles d'oeuf broyées. Si le milieu est trop humide, c'est que l'on ajoute pas assez de cartons déchirés à chaque fois.

- Accumulation de boues très fines et/ou de collemboles dans mon thé de vers. Pour les boues, c'est certainement que le milieu est trop humide. Dans les deux cas, j'ai coupé une bouteille d'eau en deux et placé sur la partie haute (avec le goulot) retournée un morceau de vieux bas qui me sert de filtre. Mon robinet est ouvert en permanence. J'avais essayé de placer un plateau vide supplémentaire pour permettre une meilleure aération mais finalement, il se bouchait aussi et ça me faisait un plateau en plus à nettoyer.

- Odeur du thé de vers plus ou moins nauséabonde. Normale à chaque mise en route, dans mon cas, c'est que le milieu était trop liquide. Cela a entraîné une mauvaise aération et un mauvais écoulement de liquide.

Que donner à manger aux vers?

Elément Compostable Vermifuge Acide Odeur Décomposition lente ou impossible
Epluchures de légumes
Aubergine, brocoli, concombre, chou, poivron, carotte, tomate, salade, courgette, endive, potiron, radis (dont fanes) X        
Artichaut (lent), navet (lent), poireau (peu car acide) X        
Peau épaisse avocat, maïs, Epluchures de pomme de terre X
Champignon X X
Oignon, ail, échalote   X X
Epluchures de fruits
Peau de melon, banane, pastèque XX        
Pomme, poire, fraise, raisin, mangue (sans noyau) XX        
Ananas (petite quantité, bien coupée, décomposition difficile), peau kiwi (bien couper) X        
Agrumes     X    
Feuille de Rhubarbe   X      
Pelures traitées par des produits chimiques   X      
Restes de repas
Pain, croûte de pizza : en petite quantité X        
Riz, pâtes alimentaire (sans huile ni assaisonnement) X
Produits laitiers X
Viandes, poissons X
Os, arêtes X
Huile, beurre, margarine, mayonnaise, friture X
Coquille d'œuf broyée X
Marc de café et filtre coupé en morceaux XX
Sachet de thé coupé en morceaux X
Epices   X
Résidus salés et vinaigrés   X
Coques de cacahuète, noix, noisette   X
Déchets du jardin
Sciure de bois X        
Tonte de gazon (non adapté car chauffe trop) X
Fleur fanée et leur tige X
Déchets de la maison
Rouleau d'essuie tout et de papier toilette X
Textiles naturels X
Déjections   X
Poussières   X
Tabac, cigarette   X
Produit non biodégradable, synthétique   X

Quelques conseils :

 - Evitez de conserver les déchets à l’air libre : des moucherons pourraient y pondre des œufs et vous seriez ensuite embêté avec ces bébettes. Ceci-dit, c'est vraiment dur de ne pas se faire contaminer. Pour les éliminer, je passais tous les jours pendant au moins une semaine pour les écraser. Je suis généralement tranquille quelques mois, puis ils reviennent.

- Bien broyer le plus finement possible les coquilles d’œuf bien sèche. C'est fastidieux, personnellement, je n'en mets plus.

- Si cela est possible, éviter les pépins. Ils ont tendances à germer lors de l'utilisation du composte.

- Ne pas oublier le carton. Par contre, personnellement, je n'utilise plus certains cartons, comme ceux qui emballent les fruits bio dans les grandes surfaces : en se décomposant, il retait des choses qui n'arrivaient pas à se décomposer (plastiques pour rigidifier ?). Je me limite à rouleaux de sopalin, de papier toilette (mais pas les aquatubes(c)) ou du carton normal.

- Filtrer (à l’aide d’un vieux collant de nylon ?) le thé de compost obtenu pour éviter que celui-ci ne contienne trop de collemboles.

- Ne pas trop les nourrir au démarrage et ajuster la quantité de coco en fonction de son poids de vers.

- Pour les agrumes, un des composants du zeste, le D.limonène, s’avère bactéricide et peut donc être irritant pour la peau délicate d’Eisenia. Peu de risque si la quantité est modérée.

- Les matières grasses risquent de coller aux vers, de les empêcher de respirer et de provoquer leur asphyxie.

- Personnellement, ayant un compost très humide, j'ai arrêté de mettre un tapis d'humidification.

- Pour récolter le compost, je ne trie quasiment plus les vers. Je crois que je me retrouvais avec trop de vers pour la suite.

Quelques sites traitant du sujet :

· Eurolombric

· Wikipêdia

· Ekopedia

· Vers la terre

Pour approfondir le sujet :

Guide_Sydom.pdf

Guide du lombricompostage du centre d'agriculture biologique du Canada, par Glenn Munroe

Effects of the application of vermicompost and phosphate solubilizing bacterium on the morphological traits and seed yield of anise

Effects of vermicomposts on growth and marketable fruits of field-grown tomatoes, peppers and strawberries

Compost tea guide, par Elaine R. Ingham

 

Vos réactions :

Christophe (le 20/01/12)

Hello, je suis l'heureux propriétaire de l'eco-worms... Plus sympa, plus fun (nbreux coloris), moins cher (autour de 120 euros 4 plateaux + kit de démarrage.) que la can-o-worm en plus sur roulettes. Etant donné qu'avec ma copine ont ne vit pas ss le même toit ma petite entreprise se trouve ds la cuisine... Non mais. En plus belle facturation et 100% français (- de pollution du aux transports). Je viens de commencer donc attendre pour en savoir plus.
Tchao...

Missala (le 26/03/12)

Quel récit passionnant et complet qui donnera je l\'espère l\'envie à tous les curieux de sauter le pas. Composter en ville, en appartement, dans sa cuisine, c\'est possible ! Voir cet article qui en témoigne : www.neo-planete.com.

Je lombricomposte depuis plus de 5 ans, c'est maintenant devenu aussi banal que de trier mes emballages. Toute la famille s'y est mise et les vers sont nos amis de compagnie :-).

Pour tes vers translucides, ce sont sans doute des enchytrées, dont raffolent les poissons d'aquarium. Pour neutraliser l'acidité, je te conseille d'ajouter du mélange chaulé une fois par semaine.

Ma passion pour le lombricompostage est telle, qu'après avoir suivi une formation de maître-composteur, j'ai décidé d'en faire mon métier. Je prends mon bâton de pèlerin dans la région nantaise pour faire découvrir cette technique, et sur internet j'ai lancé un site de vente et infos http://www.bewo.fr. Comme Christophe, je suis sensible à l'origine des produits ET à l'esthétique. Alors RV sur le site pour découvrir ma sélection ! Commentaires bienvenus !

A bientôt, M.Eve de bewo.fr

- Florian, le 25/02/15

Bonjour,

En effectuant ma veille sur le lombricompostage je suis tombé sur votre site et plus particulièrement sur la page dédié au lombricomposteur.

Je n'ai pu m'empêcher de constater que le site vers lequel pointe le lien Lombricompostage.org est fermé.

Si vous le désirez, vous pouvez faire pointer ce lien vers le site www.le-lombricompostage.fr , une site que j'administre exclusivement dédié à la pratique du lombricompostage.

Cordialement

- Nature Obsession, le 25/02/15

L'autre avantage du lombricompostage est qu'il ne coûte pas cher. Si les modèles disponibles dans le commerce avoisinent généralement les 70€ il est tout à fait possible de fabriquer son lombricomposteur soi-même pour un prix ne dépassant pas la trentaine d'euro.

Pour ceux qui souhaitent se lancer dans la fabrication d\'un lombricomposteur je vous invite à lire l\'article disponible ici : http://www.nature-obsession.fr/dechets/fabriquer-lombricomposteur.html

Il reprend les 2 méthodes les plus utilisées dans l'auto construction d'un lombricomposteur.