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René Dubos

Microbiologiste américain d'origine française (1901-1982).

Biographie

René DubosEn plus d'avoir joué, trop discrètement peut-être, un rôle de premier plan dans la découverte des antibiotiques, René Dubos aura été, grâce surtout à son grand ouvrage de synthèse, L'homme et l'adaptation, le chercheur qui, au XXe siècle, aura le plus efficacement contribué à faire passer l'environnement au premier rang des préoccupations humaines. C'est pourquoi il a été choisi, avec l'économiste anglaise Barbara Ward, pour rédiger le rapport de la première conférence internationale sur l'environnement tenue à Stockholm en 1972. Ses talents littéraires, qui lui méritèrent le prix Pulitzer, et les thèmes anthropologiques qu'il aborda à la fin de sa vie, achevèrent de faire de lui l'un de ces personnages qui, au XXe siècle, s'apparentent le plus aux grands fondateurs que furent Hippocrate dans l'Antiquité, Rudolf Virchow et Pasteur au XIXe siècle.

Vie et œuvre

Sa carrière de chercheur

Né dans le Val-d'Oise, René Jules Dubos fait ses études à Hénonville dans l'Oise avant de rejoindre le lycée Chaptal à Paris et d'intégrer l'Institut national agronomique dont il sort ingénieur agronome en 1921.

En 1923, il devient rédacteur à l'Institut international d’agriculture à Rome. Puis très vite il quitte l'Europe pour entamer une carrière de biologiste et chercheur aux États-Unis.

En 1924 il devient assistant de recherches à l'Université Rutgers dans le New Jersey. En 1927, à l'initiative d'Alexis Carrel il est recruté comme collaborateur de O.T. Avery au service de maladies respiratoires de l’Université Rockefeller de New York où il découvre l’action spécifique d’une enzyme bactérienne qui décompose la capsule des pneumocoques. Cette découverte le met sur la voie de la découverte de la gramicidine, premier antibiotique commercialisé.

L'avancée scientifique capitale qu'il effectue en 1932 ne sera redécouverte que soixante-dix ans plus tard : les microbes développent des ferments "constitutifs" et des ferments "adaptatifs" qui permettent la réaction appelée "adaptation créatrice". Cela amène René Dubos à une autre découverte, celle de la tyrothricine.

En 1941 il est reçu à l’Académie des Sciences des États-Unis, il poursuit ses travaux sur la tuberculose expérimentale, sa femme succombant à cette maladie en 1942. En 1945 il publie The Bacterial Cell in its Relation to Problems of Virulence, Immunity and Chemotherapy, ouvrage fondamental de la biologie. En 1948, il reçoit le Prix Lasker.
Son activité d'auteur et de vulgarisateur commence alors, en même temps que les récompenses se multiplient et qu'il est nommé Professeur à l'Université Rockefeller en 1957.

L'optimisme du désespoir
À la fin de sa vie, notamment dans une chronique intitulé The Despairing optimist, Dubos revenait constamment sur le même thème: aborder les problèmes écologiques d'un point de vue purement négatif ne mène à rien et surtout ne mobilise pas l'intérêt du public. «Le public se fatigue très vite d'entendre seulement des histoires de désastre, il faut donc tout repenser d'une manière beaucoup plus positive.»

Dubos attachait beaucoup d'importance à la notion de résilience, mot synonyme de rebondissement, qui désigne la capacité qu'ont les écosystèmes de se reconstituer après avoir subi un stress. Soutenue par l'homme, cette aptitude de la nature au redressement est encore plus manifeste. «Je ne connais, disait Dubos, aucune situation, si tragique qu'elle ait pu être, qui n'a pu être redressée en une dizaine d'années, pourvu qu'on accepte de s'en donner la peine et de faire des choses relativement simples, beaucoup moins coûteuses qu'on ne le pense.»

Il adorait raconter des anecdotes comme celle-ci, propre en effet à remonter le moral des écologistes les plus pessimistes. Il s'agit de la dépollution du magnifique lac qui se trouve au coeur de la ville de Seattle. «Un avocat de la ville a commencé à parler de la dépollution autour de lui, sans grand succès; personne ne s'intéressait à lui, mais il a pu se mettre en rapport avec la Ligue des femmes qui se préoccupent du vote, et par leur intermédiaire, il a commencé à créer une opinion publique dans la ville, puis après trois ou quatre échecs, un groupe devenu important a obtenu que Seattle vote des crédits suffisants pour que les égouts et les autres ordures ne soient plus déversés dans le lac mais envoyés ailleurs ou traités. Le résultat c'est qu'en moins de sept ans, sans aucun traitement de la nappe d'eau, mais simplement en cessant de polluer, les pouvoirs de récupération de la nature ont agi tout naturellement et le lac est redevenu aussi beau qu'il l'était avant.»

À propos de la déforestation en zone tropicale, problème dont il a lui-même souligné la gravité, il ne manquait jamais de rappeler la prodigieuse initiative des Chinois qui, à partir de 1949, ont entrepris de reboiser leur pays, au rythme de 10 millions d'acres par an. Le processus de déforestation avait commencé il y a des milliers d'années.

«L'homme est par nature un être de culture.» (Gehlen)
Dubos attachait autant d'importance, sinon plus, à la conservation des paysages créés par l'homme qu'à la défense de la nature sauvage. Il pensait que la nature ne fait pas nécessairement les choses mieux que l'homme. Nature knows best. «Ce slogan, disait-il, est une profession de foi quasi religieuse plutôt qu'une loi fondamentale de l'écologie». Il taquinait les écologistes radicaux en leur rappelant que si l'on prend leur vision des choses comme critère, ils commettent un crime contre l'écologie chaque fois qu'ils tondent leur gazon ou qu'ils taillent leurs rosiers.
Évoquant sa terre natale, la France, il ajoutait «Chaque vieux pays pourrait prendre à son compte la formule de Charles Péguy présentant la Beauce à Notre-Dame de Chartres: Deux mille ans de labeur ont fait de cette terre un réservoir sans fin pour les âges nouveaux.»

Œuvres de René Dubos

Louis Pasteur, franc-tireur de la science, PUF, 1955
Mirage de la Santé. Denoël, 1964
La leçon de Pasteur. Albin Michel, 1961
Les rêves de la Raison. Denoël, 1964
L’homme et l’adaptation au milieu. Payot, 1973
Cet animal si humain. Hachette, 1972. Prix Pulitzer
Les dieux de l’écologie. Fayard, 1973
Choisir d’être humain. Denoël, 1974
Chercher, avec J.-P. Escande. Stock, 1982
Courtisons la terre. Stock, 1980
Les célébrations de la vie. Stock, 1982

Celebrations of life, New York: McGraw-Hill, 1981.
The Genius of the place, Berkeley, fév. 1970.
Humanistic Biology, American Scientist, vol. 53, 1965, p. 4 - 19.
Celebrations of Life. New York: McGraw-Hill Book Co., 1981
Mirage of health. Utopias, progress, and biological change. Rutgers University Press, New Brunswick, 1987
Pasteur and modern science, 1996

Documentation

Jean-Paul Escande, Qui a découvert les antibiotiques?, Les cahiers de science et vie, avril 2000.

C. Moberg et Z. Cohn, «René Dubos», Pour la Science, n° 165, juillet 1991, p. 90-101. Biographie de René Dubos. Nombreux renseignements intéressants sur ses sujets de recherches.

Source

Wikipedia