Accueil · Infos · Thon rouge

26/06/2010 Thon rouge : le vote de la CITES

ThonLa décision de la CITES conditionnant l'avenir du thon rouge était très attendue par les pêcheurs et les écologistes. Ce poisson, dont les stocks sont en chute libre, est victime de la surpêche. Si les ONG souhaitent l'interdiction de son commerce, les pêcheurs affirment que les stocks ne sont pas si bas que les scientifiques l'affirment.

Inscription à l'annexe I : le vote rejette la proposition. 

Le 18 Mars 2010, à Doha, la conférence de la Convention internationale sur le commerce des espèces sauvages menacées (Cites) a tranché : il n'y aura pas d'inscription du thon rouge à l'annexe I de la convention internationale sur le commerce des espèces sauvages menacées.

Proposé par Monaco, cette proposition aurait eu pour conséquence d'interdire les exportations de thon rouge d'atlantique et de Méditérannée.

Sur le site Rue89, Charlotte Nihart, une journaliste de l'association "Robin des bois" raconte le déroulement du vote :

"L'Union européenne, désireuse d'afficher une position commune à 27, avait suggéré des amendements pour modifier les lois en cours. Puis ont commencé des tirs en rafale du Canada, de la Tunisie, tandis que Kenya et Etats-Unis se disaient intrigués par les amendements de l'UE. C'est alors que Tripoli, qui pêche beaucoup ce poisson vendu très cher, surtout au Japon, dans ses eaux méditerranéennes, entre en scène par l'intermédiaire de son délégué, qui, doigt accusateur levé, lance : “L'ignorance disparaît une fois que tout est clair. Si les informations qui nous sont données sont inexactes, cela accroît notre ignorance. En ce qui concerne la proposition de Monaco, chacun doit lire tous les documents pour constater qu'ils sont truffés d'erreurs. Il y est affirmé qu'il y a une flottille [celle des Libyens] dont les capacités dépassent largement les quotas de pêche. Oui. Mais on peut avoir 10 voitures et n'en conduire qu'une seule”. »

Une fois ce discours terminé, la Libye demande l'arrêt immédiat des discussions et la mise au vote de la proposition monégasque.

La journaliste témoin décrit : « L'Europe reste muette. Le secrétariat se penche sur son règlement intérieur et confirme que la proposition monégasque peut être votée immédiatement si une partie appuie la demande de la Libye. Le Soudan se porte volontaire. L'Espagne, qui préside l'Union européenne, émerge péniblement et demande une réunion de coordination immédiate. Trop tard, il aurait fallu y penser avant. »

Prise de court alors qu'elle pensait négocier encore tout le week-end, « l'Europe s'est fait avoir comme une bleue », estime la militante associative.

Principal consommateur de ce poisson, le Japon a bien sûr déployé son lobbying et a su rallier à son point de vue des pays de la Caraïbe, ou encore le Sénégal et la Zambie, qui craignaient une extension de cette interdiction à d'autres espèces de thon. Lorsque le vote est réalisé, le résultat est sans appel : par une majorité de 68 voix contre 20, les États représentés ont refusé de protéger cette variété de thonidés, comme le souhaitaient les États-Unis et l'Union européenne. 

La fermeture anticipée de la pêche : un cafouillage ?

Initialement autorisée jusqu'au 15 Juin (un mois de pêche au total), la saison de pêche au thon rouge en Méditerranée et en Atlantique Nord-Est  a été précocement arrêtée au 9 Juin 2010 par une décision unilatérale de la commissaire européenne à la pêche, Maria Damanaki, les quotas autorisés de 13 500 tonnes ayant déjà été atteints.

SenneBruno le Maire, l'actuel ministre de l'agriculture, a immédiatement réagi en demandant à la commission européenne de démontrer que les quotas avaient bien été atteints : "Soit la Commission européenne nous apporte la preuve formelle que les bateaux de pêche français, notamment les sept restant sur zone, ont réalisé l'intégralité de leurs quotas et dans ce cas nous respecterons naturellement la décision de la Commission, soit les navires de pêche français n'ont pas pu réaliser leurs quotas et nous demandons à la Commission européenne de laisser les pêcheurs français réaliser les quotas légalement autorisés".

De son côté, le  président du syndicat des thoniers, Mourad Kahoul, dénonce un « ramassis de mensonges ». « La Commission est soumise au gros lobby écologique », dénonce-t-il. Sur les 2021,9 tonnes que les 17 thoniers senneurs industriels français sont autorisés à capturer, il affirme que seulement 62% des quotas ont été réellement pêchés.

Quelques jours plus tard, Bruxelles reconnaissait son erreur sur les quotas et réattribuait  171 tonnes à la pêche artisanale (celle utilisant des appâts).

« Ces 171 tonnes, c'est le quota non consommé par les senneurs : on avait calculé 166 tonnes (sur 1.699 tonnes, estimation du comité national des pêches). La Commission avoue que la pêcherie a été fermée alors que le quota n'était pas atteint, mais au final, le poisson ne sera pas pêché par les senneurs mais par d'autres », a réagi Bertrand Wendling de la Sathoan, organisation de thoniers-senneurs basée à Sète. 

« Cela ne règle rien. L'UE reconnaît qu'elle s'est trompée sur une catégorie de pêche, la plus décriée, et elle donne à une autre qui se plaint d'avoir des quotas insuffisants. Tant mieux pour la pêche artisanale, mais c'est honteux de prendre aux uns pour faire plaisir aux autres », a dénoncé Serge Perez, thonier à Port-Vendres (Pyrénées-Orientales) et vice-président du Syndicat des thoniers de Méditerranée (STM).

Les Verts/ALE félicitent Mme Damanaki pour sa décision qui limite le risque « de fragiliser encore plus les stocks en baisse constante » de thons rouges. Il s’agit d’une « décision logique et courageuse », selon l’eurodéputé vert Jean-Paul Besset. 

Par ailleurs, même s'il est évident que si la fermeture de la pêche pour les pêcheurs Européens est une bonne chose pour la survie de l'espèce, cette interdiction doit aussi être étendue aux autres pays, tels que la Libye, la Tunisie, le Maroc, la Turquie.

Aussi, des changements d'immatriculations suite à des ventes arrangées de bateaux s'organisent. Ainsi, des bâteaux de pêche anciennement Français peuvent changer de pavillon pour accéder à d'autres zones de pêche, comme en Libye.

Le gaspillage des subventions

A partir de 1996, la pêche au thon rouge est en pleine essor. Encouragés par la direction des pêches, les pêcheurs, possédant des chalutiers polyvalents, reçoivent des subventions pour acheter des thoniers-senneurs spécialisés dans la pêche au thon (la technique de pêche à la senne utilise un filet pouvant recouvrir jusqu'à 21 hectares soit deux fois la place de la Concorde).

Pour une quarantaine de thoniers-senneurs en Méditerranée, d'une valeur de trois à cinq millions pièce, subventionnés à hauteur d'environ 30%, la France et l'Europe auraient dépensé pas loin de 50 millions d'euros .

Presque quinze ans plus tard, les pêcheurs doivent désormais réduire leurs quotas, rendant leur activité beaucoup moins rentable. Les bateaux étant très spécialisé pour la pêche au thon (ils risqueraient de décimer d'autres espèces), ils sont très difficilement revendables. Thonier

Les propriétaires peuvent négocier un "plan de sortie de flotte" pour mettre leurs bateaux à la casse. Ces plans auraient déjà coûté à l'Etat et à l'Europe de 15 à 20 millions d'euros depuis l'an dernier. Par bateau, la prime s'élèverait, selon sa taille, entre 2 et 2,5 millions d'euros.

Sur le site Rue89, un pêcheur résume la situation : « On se sent les dindons de la farce, on ne peut pas revendre nos bateaux, et on nous refuse de devenir polyvalents comme les Italiens. On voudrait un moratoire sur le thon, qu'ils paient les crédits des bateaux et de quoi vivre pour une douzaine de marins par thonier. »

Si un moratoire est voté et si la France indemnise les pêcheurs selon les quotas, cela pourrait coûter à l'Etat la bagatelle de 10 millions d'euros supplémentaires, charge que la France souhaiterait partager avec Bruxelles ou reporter sur les artisans.

Sources :

Le monde

Rue89

Greenpeace

Vos réactions :