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Les arguments à la loupe

2. Il y a toujours eu des variations climatiques. Pour preuve, le Groënland vient de "Greenland", pays vert, lorsque les vikings y vivaient et que ce continent était couvert de vertes prairies.

Le Groenland aujourd'hui

Le Groenland est une île recouverte sur la majorité de sa surface par une calotte glaciaire nommée également inlandsis d'une épaisseur souvent fort importante (près de 3 km d'épaisseur de glace au centre correspondant à l'altitude la plus haute).

C'est sur la bande de terre montagneuse périphérique que l'on retrouve exclusivement les habitants (environ 57 000) ainsi que la faune et la flore. En hiver, cette bande côtière est cernée par la banquise à l'exception du sud-ouest de l'île (environ jusqu’à la capitale Nuuk). En effet, une branche du courant du Gulf-Stream y empêche la mer de geler. La côte Est n'en bénéficiant pas, elle possède un climat plus hostile et un dégel de la banquise plus court. Ceci explique que seuls deux villages y existent. Ce dégel, qui se déroule de la fin mars jusqu'en juillet, s'appelle la débâcle. La reformation progressive de la banquise a lieu vers le mois de novembre.

Tandis que l'intérieur du Groenland connaît un climat d'inlandsis les températures moyennes en bord de mer varient de -15 °C au nord à 0 °C au sud. La côte sud-ouest bénéficie d'étés assez longs et assez doux. Les maximales y avoisinent les 10 °C en été, avec un record de chaleur de 28 °C. Alors que le nord connaît un climat très sec le sud bénéficie d'un climat beaucoup plus humide. Les précipitations tombent majoritairement sous forme de neige en hiver sur la côte orientale alors que sur la côte occidentale elles tombent majoritairement en été sous forme de pluie.

À noter que Narsarsuaq dans le Sud-Ouest du Groenland a un climat non polaire puisque juillet a une température moyenne supérieure à 10 °C.

Les couches de glace du Groenland sont datées de 400 000 à 800 000 ans.

L'histoire du Greenland

Les Vikings s’installèrent au Groenland vers 985, en provenance d’Islande, en deux points du Groenland. L’un tout au Sud (appelé "Etablissement de l’Est"), l’autre 500 km au nord (dit "de l’Ouest"), les deux protégés de la mer, plus froide, par un réseau de fjords. Ils profitèrent certainement de l'optimum climatique médivial (voir argument) situé autour des années 950 à 1250 qui, bien qu'hétérogène suivant les régions du monde, aurait connu des températures de 0,1 à 0,2°C plus basses que la moyenne des températures de 1961 à 1990.

Le premier établissement Viking fut le plus important, il compta jusqu’à 4000 personnes, dispersées dans des fermes, l’établissement de l’Ouest ne dépassant pas 1000 personnes. Leur premier chef, Erik le Rouge (était-il rouge?), nomma ce pays fraîchement découvert "Greenland", pour deux raisons. D’abord, ce nom fut donné alors qu’Erik était revenu en Islande, dans le but de pousser des habitants à s’établir avec lui, avec l’idée, exprimée dans les sagas scandinaves, qu’un "nom bien choisi attire les habitants". Ensuite, si l’on regarde les photos qui ont été prises aux endroits où vécurent les Vikings, on voit que l’appellation n’est pas abusive.

L’agriculture étant quasiment impossible, les Vikings pratiquèrent l’élevage et la chasse. Leurs souhaits initiaux étaient de se nourrir comme les riches chefs norvégiens : au dessus, les vaches et surtout les porcs, puis les moutons et enfin les chèvres. Très vite, les porcs s’avérèrent destructeurs et peu rentables dans des forêts des plus réduites, ils disparurent très vite. Les moutons et les chèvres s’adaptaient bien mieux : ils pouvaient creuser sous la neige pour manger l’herbe, sauf dans les trois mois où la couche de neige était la plus épaisse. Les chèvres avaient moins de prestige, mais elles pouvaient digérer les branches des arbres nains du Groenland. Les vaches ne broutaient que trois mois de l’année et passaient le reste du temps à l’étable, vu qu’elles ne supportaient pas l’hiver groenlandais. Mal nourries, elles étaient les plus petites connues à ce jour : à peine plus d’un mètre au garrot. Les Vikings devaient, pendant l’été, consacrer une énergie considérable pour se procurer le foin nécessaire aux vaches, et ce sur des surfaces très étendues, jusqu’à 400 mètres d’altitude.

Pourquoi, au vu de tant d’efforts, les Vikings élevaient-ils des animaux en réalité totalement inadaptés à un tel milieu ? Pas parce que le climat était plus doux, ni par calcul rationnel, mais seulement à cause du prestige social que procurait la possession de ces animaux et la consommation de leurs produits. Sans sa forte valeur symbolique, l’élevage des vaches aurait été rapidement abandonné.

L’établissement de l’Ouest, dans un milieu plus précaire, en était peu pourvu, ainsi que les fermes pauvres de l’établissement de l’Est. Seules les principales fermes de l’Est, tout près de la pointe Sud de l’île, purent se permettre le luxe d’un grand nombre de vaches. Leur présence révélait bien moins l’état climatique du Groenland qu’une forme de conservatisme de la société viking. Les Vikings pratiquaient également la chasse au caribou et à trois espèces de phoques, ce qui fournissait l’essentiel de la viande (l’élevage produisant avant tout les produits laitiers et la laine). Par contre, ils ne consommaient pas de poisson, peut-être par tabou alimentaire, et n’apprirent jamais à chasser la baleine ou le phoque annelé, qui était une source d’alimentation essentielle chez les Inuits.

La colonie viking reposait sur un équilibre fragile, dans une interdépendance de toutes ses composantes. La chasse au phoque était vitale pour l’alimentation, les secteurs marginaux l’étaient pour le fauchage du foin. Il s’en fallait de peu pour que la récolte soit insuffisante pour nourrir le bétail ou pour que les fjords restent englacés en mai-juin, à l’époque de la chasse aux phoques, qui était indispensable à un moment de l’année où les stocks de produits laitiers ou de caribou étaient épuisés. Il suffisait de l’enchainement de quelques hivers trop froids, d’un excès ou d’un manque de précipitations, et la colonie pouvait se trouver au bord de la catastrophe.

L’image d’une colonie florissante est trompeuse, car toute cette société avait un mode de vie vulnérable au moindre changement et à la limite extrême des possibilités du milieu, bien plus que les Inuits. La colonie viking déclina à partir du XIVème siècle, sous l’influence de facteurs divers (nous ne parlerons pas ici de l’érosion des sols et de l’affaiblissement des liens avec l’Europe), la situation se dégrada.

Le climat devint plus rigoureux, entrainant l’abandon précipité de l’établissement de l’Ouest, petit mais vital pour le système complexe des Vikings, car il était à proximité du territoire de chasse aux phoques. L’élevage, la chasse au caribou et au phoque (à cause des fjords gelés qui empêchaient les bateaux de sortir) pâtirent aussi du refroidissement. De plus, les Inuits descendirent plus au Sud et entrèrent en concurrence avec les Vikings. Leurs relations furent parfois amicales, parfois très violentes (il existe des preuves sans équivoque de relations dans les deux sens). Le plus révélateur est que les Vikings n’apprirent presque rien, à une époque où ils auraient du impérativement changer de système économique, des Inuits (qui survécurent aux changements de climat). Ils ne se mirent ni à pêcher, ni à chasser la baleine, ni à utiliser les si efficaces habits en peau ou les kayaks des Inuits. L’identité des Vikings, si loin de l’Europe, reposait sur un très puissant sentiment d’appartenance à l’Occident chrétien. Le style des peignes, la manière de construire des églises le montrent : toutes les évolutions des modes venues via la Scandinavie étaient rapidement reprises. Des tombes du XVème siècle contiennent des corps habillés à la mode qui avait cours en Europe à ce moment là, à des milliers de kilomètres. C’est ce besoin vital de se sentir comme des Européens qui fit en partie que les colonies du Groenland vécurent jusqu’à la fin d’une manière qui se voulait analogue à celle de leurs ancêtres norvégiens et islandais, pas du tout les facilités d’un milieu naturel en réalité extrêmement dur. C’est la culture importée d’Europe qui expliqua la manière d’exister de cette société, pas le contexte du climat du Groenland. Les Vikings du Groenland disparaissent de l’Histoire au cours du XVème siècle, après avoir survécu dans un environnement hostile pendant au moins 450 ans, ce qui est remarquable. Ils ne sont probablement pas morts de faim jusqu’au dernier, car on n’a pas retrouvé de corps dans les fouilles des habitations.

Leur sort reste inconnu. Sont-ils retournés en Scandinavie ? Ont-ils sombré durant une tempête sur le retour ? Certains sont-ils allés vivre chez les Inuits ? Furent-ils victimes de pirates (il y eut une razzia en Islande de la part des Sarrasins) ? Nul ne le sait.

Les habitants actuels du Groenland ont des ressources alimentaires assez différentes des Vikings. L’élevage des moutons et des chèvres est toujours pratiqué dans les secteurs favorables (on en voit les traces au sol sur Google Earth d’ailleurs). Le poisson, la baleine et le phoque sont aussi à leur menu. Il faut préciser qu’une partie importante des Inuits habite dans des zones sensiblement plus froides que les lieux de la colonisation viking, dans des lieux qui sont impropres à l’élevage car sans herbes hautes et trop froids. Les produits laitiers et les légumes sont, eux, importés d’Europe du Nord, même si, le réchauffement significatif du Groenland aidant, des agriculteurs locaux ont des projets de cultiver sur place à grande échelle des produits résistant bien au froid, tels que la pomme de terre, à un tout autre niveau de grandeur que les quelques potagers actuellement existants au Groenland (on sait que les Vikings n’ont quasiment pas cultivé, l’étude des pollens en atteste).

Finalement

Le mode de vie des Groenlandais actuels parait plus "polaire", mais non pas parce que le climat est tellement différent d’il y a 1000 ans, mais parce qu’ils sont bien plus pragmatiques dans leur adaptation au milieu que leurs prédécesseurs scandinaves. Les Vikings ne vécurent pas dans un "Greenland" qui portait bien son nom en l’an 1000 et aurait cédé la place à un enfer blanc. En réalité, leur mode de vie révèle plus qui ils étaient qu’un état du climat du Groenland. Leurs colonies furent toujours réduites, vécurent difficilement, dans des secteurs de l’île qui étaient incontestablement les plus favorables, semblables à aujourd’hui, mais pas du tout représentatifs de l’immense majorité des milieux groenlandais, qui restent aujourd’hui comme hier, radicalement hostiles à toute implantation humaine.

Sources :

- Wikipedia

- Pictographe

- Effondrement, comment les sociétés décident de leur disparition, ou de leur survie Titre original : Collapse, How societies chose to fail or succeed Genre. Essai Date : 2005, pour la version américaine, et 2006, pour l’édition française chez Gallimard Collection

 

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