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15/10/2009 Sus au thon rouge!

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Depuis les années 1990, les populations (est-il d'ailleurs légitime de les appeler "stock"?) de thon rouge de l'Atlantique ont fortement déclinées, victimes de sur-pêche, au point de menacer la conservation de l'espèce. Poisson migrant d'un bout à l'autre de l'atlantique, ses deux grandes zones de reproduction supposées sont en méditérannée et dans le golfe du Mexique. Ces deux zones correspondent aux stock "Est" et au stock "Ouest".

Les responsables du "stock"

La conservation des thonidés de l'Atlantique est sous la responsabilité de la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique (ICCAT), une organisation de pêche inter-gouvernementale créée en 1969 par l'ONU et regroupant 47 membres. Leur comité scientifique, le SCRS (Standing Committee on Research and Statistic) a estimé qu'une pêche supérieure à 15 000 tonnes par an entraînerait l'effondrement de l'espèce. Malgré ces recommendations, leur étude estime que le volume de pêche se situe autour de 55 000 tonnes par an (réelle et illicite) depuis une dizaine d'année au niveau de l'Atlantique Est et de la Mer Méditérannée. Les stocks du côté Atlantique Ouest (pêchés par les Etats-Unis, le Canada et le Japon) sont dans un état catastrophique. Les mesures adoptées par l'ICAT pour restaurer le stock Ouest en 1998 n'ont pas permis d'améliorer l'état des stocks, les quotas accordés n'étant même pas atteints certaines années. Le thon rouge dans le Pacifique Nord est géré conjointement par deux organisations régionales de gestion des pêches : la Commission interaméricaine du thon des tropiques (CTTI) composée de 16 membres et la Commission des pêches du Pacifique ouest et central (CPPOC) représentant 26 membres. Le thon rouge du Pacifique sud, qui fréquente les océans Pacifique et Indien, est géré par la Commission pour la conservation du thon rouge du Sud (CCSBT) composée de 5 membres (dont le Japon et l'Australie). Suite à l'effondrement du stock du Sud dans les années 1980, les Japonnais, principaux importateurs suite à l'essor du marché lucratif du sushi-sashimi, se sont tournés vers le stock Atlantique.

Le stock Atlantique Est : un plan de restauration inefficace

Suite aux recommandations de son comité scientifique (SCRS), L'ICCAT a instauré en 2006 un plan de restauration comprenant 3 mesures principales :

1) Un volume de capture de 29 500; 28 500; 27 500 et 25 500 tonnes/an pour respectivement les années 2007, 2008, 2009 et 2010.
2) Une extension de la période de fermeture de pêche pour les senneurs (navires de 60 à 150m de long mettant à l'eau des filets -les sennes- de plusieurs kilomètres de long), du 1er juillet au 31 décembre mais aussi pour les autres flottilles. La période de reproduction est située en mai et juillet.
3) Une taille minimale passant à 30 kg (ce qui correspond à la taille à maturité) avec toutefois des dérogations à 8 kg pour la canne et le chalut pélagique dans l’Atlantique Est et la senne à des fins d’embouche en mer Adriatique.

Ce plan de restauration, avec des quotas toujours très supérieurs aux limites maximums conseillées par le SCRS, aurait, d'après ces-derniers, peu de chance de permettre un rétablissement des stocks de thon rouge.capturegraph

Total des captures de Thon rouge officiellement déclarées au CIEM puis à l'ICCAT entre 1950 et 2004 (source : rapport IFREMER)

Les pays "productueurs" trichent

En 2007, le rapport d'un consultant spécialiste du secteur, Roberto Mielgo Bregazzi, réalisé à partir de chiffres récoltés auprès des instances officielles et des professionnels du secteur de la pêche, déconce de nombreux pays de surpêche.

L'Italie serait en tête du "palmarès" des dépassements en 2007 avec 7.663 tonnes suivie par l'Espagne (5.389 tonnes) et la France (4.671 tonnes). Environ 20 000 tonnes de thon rouge seraient pêchées illégalement chaque année.

Photosenneur

L'évaluation des stocks de thon se fait principalement à partir des informations produites par la pêche. En effet, la très large distribution spatiale des thons, (tout comme les marlins et l’espadon) ainsi que leur grande mobilité, proscrivent la plupart des suivis scientifiques élaborés pour les autres espèces de poissons (à l’exception des campagnes de marquages et de suivis aériens). A partir d'un système de gestion fondé sur le contingentement des prises, le contexte de forte attractivité commrciale incite à sous-déclarer ces dernières. La situation est aggravée en Méditerranée par le développement de l’embouche : les thons ne sont pas immédiatement débarqués après leur capture, et sont inaccessibles aux échantillonnages requis pour l’expertise. En Espagne, l'embouche (ou grossissement) démarre entre mai et juillet, avec principalement des thons d’un poids de 60 à 100 kg, pêchés à la senne, mais aussi avec des thons de plus petite taille, de 15 à 30 kg en cas de pêche de gros individus insuffisante. Les thons sont remorqués vivants dans des cages vers les sites de grossissement où ils sont placés dans des cages de 150 à 300 mètres de circonférence, à une densité de 2 à 3 kg par m3 et nourris avec du poisson congelé (sardine, hareng, maquereau) jusqu’à la fin de l’année en cours et au début de l’année suivante. Ils seront ensuite vendus à un très bon prix au Japon. Au cours des 5 à 9 mois de grossissement, le gain de poids est compris entre 15% et 40% et la mortalité de l’ordre de 2 à 3%. Ces poissons, capturés souvent très jeunes, n'ont pas eu le temps de se reproduire à l'état sauvage et de reconstituer les effectifs de cette espèce. Par ailleurs, cette pratique accentue les pressions de pêche sur les espèces "fourrage" (maquereaux, anchois, ...) pêchées au large des côtes africaines et destinées à nourrir les thons en cage.

Les techniques de la pêche moderne font appel à de gigantesques navires industriels, utilisant des sonars à la pointe de la technologie capables de localiser très rapidement et précisément les bancs de poissons. Bien que cela soit interdit, des avions de surveillance sont utilisés pour repérer les bancs. En 2008, 40% des remorqueurs contrôlés (qui tractent les cages à thons vers les fermes) par l’agence européenne de contrôle des pêches étaient en infraction. Ils ne disposaient pas de la documentation obligatoire sur l’origine des poissons, ou de la balise pour les localiser en permanence.

Face à ce constat : l'action de nos hommes politiques

Commençons par une vidéo de notre cher président Sarkozy, déclarant le 16 Juillet 2009, sur la politique maritime de la France au Havre, un beau discours dont voici une citation :

"Voilà une rupture fondamentale que je vous propose à tous pour les années à venir. L’un des premiers points d’application de cette méthode sera le soutien de la France à l’inscription du thon rouge à l’annexe de la convention international sur les espèces sauvages, pour en interdire le commerce."

(dicours en intégralité sur le site du gouvernement : http://www.ambafrance-au.org/france_australie/spip.php?article3526)

Vidéo (1min43)


Déclaration de Nicolas Sarkozy sur le thon rouge

Qu'est-ce que l'annexe de la convention international sur les espèces sauvages?

Il s'agit de la CITES, la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction, connu aussi comme la Convention de Washington, représentant un accord international entre Etats. Elle a pour but de veiller à ce que le commerce international des spécimens d'animaux et de plantes sauvages ne menace pas la survie des espèces auxquelles ils appartiennent.

La prochaine convention de la CITES aura lieu le 13 Mars 2010. La commission Européenne soutient Monaco pour demander l'inscription du thon rouge à l'inscription à l'annexe 1, visant l'interdiction du commerce international. Une position favorable de l'union Européenne aurait été un signal fort avant la prochaine convention. Le 21 Septembre 2009, les Etats-membres de l'union Européenne étaient consultés sur cette proposition. Sur les 27 pays, 21 ont voté pour et la France, l'Espagne, l'Italie, la Grèce, la Chypre et Malte ont rejeté cette proposition. La France a défendu une inscription à l'annexe II, assortie d'un moratoire de deux ans. L'Annexe II comprend toutes les espèces qui ne sont pas nécessairement menacées d'extinction mais dont le commerce des spécimens doit être réglementé pour éviter une exploitation incompatible avec leur survie. Cette division Européenne affaiblissait la possibilité d'interdire le commerce du Thon rouge afin d'éviter l'extinction de l'espèce et de lui permettre de régénérer ses populations.

Les Etats-Unis soutiennent Monaco

Le 14 Octobre 2009 les Etats-Unis déclarent soutenir Monaco pour inscrire le Thon rouge sur l'annexe I de la CITES. Les Etats-Unis pourraient renoncer à ce soutien si l'ICCAT adopte des mesures de gestions suffisamment renforcées pour permettre la sauvegarde du thon rouge. Source : Lien vers l'annonce du NOAA (National Oceanic and Atmospherique Administration).

Voir infos liée : Thon rouge, les quotas 2010

Annexes :

Comment agir?

Lien Wikipedia sur le thon rouge

Lien Ifremer sur les techniques de pêche

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