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07/12/09 L'agriculture moderne : Histoire et excès

Tomate_seringueDepuis un demi-siècle, l'agriculture a considérablement évoluée. Les rendements n'ont cessés d'augmenter, à l'aide de la mécanisation et de l'emploi de produits chimiques. Le résultat de ces gains de productivité est une baisse considérable des prix des produits agricole. Mais comment et pourquoi l'agriculture moderne en est arrivée à devenir cette industrie productiviste? Et surtout, à quel prix avons-nous réussi à réaliser une telle augmentation des rendements des cultures ?

Plan

Retour sur l'agriculture en France depuis 1945

Mise en place de la PAC : 1957

La révolution verte : intensification de l'agriculture

Les excès de l'agriculture moderne : crises

La pollution par les pesticides

La pollution par les engrais

Retour sur l'agriculture en France depuis 1945

A la fin de la Seconde guerre mondiale, le pays se reconstruit, réorganise et modernise son agriculture. Celle-ci va rapidement devenir l'un des moteurs du redémarrage économique. En 1948, l’aide financière et matérielle des USA à la reconstruction européenne (plan Marshall) est consentie pour l’intensification de la production via l’investissement et le progrès technique. Dans la foulée, le traité de Rome lance le marché commun européen.

La ferme laisse peu à peu la place à l’entreprise agricole gérée « scientifiquement » avec une augmentation sans précédent des rendements et de la productivité, assistée par la création de l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) en 1946. Les tracteurs et autres machines agricoles transforment radicalement les méthodes de travail. Le paysage est lui aussi bouleversé, la mécanisation nécessitant une réorganisation des terroirs, c’est le remembrement: les haies sont abattues et les parcelles regroupées et agrandies.

Les sols deviennent de plus en plus privés de la diversité végétale et animale qui les enrichissaient tout en limitant leur érosion. Tassés par le passage des machines, ils ne retiennent plus l'eau correctement et celle-ci entraîne les nutriments. Les monocultures entraînent un changement du sol : elles extraient année après année les mêmes nutriments. La terre s'épuise, privée des repos que représentent la jachère ou la rotation des cultures.

Mise en place de la PAC : 1957

La France veut atteindre l’autosuffisance alimentaire, ce qui est fait dès les années 1970. Pour réaliser cet objectif on adopte une stratégie volontariste de modernisation des campagnes (lois d'orientation agricoles de 1960 et 1962) et diverses aides publiques sont mises en place (subventions importantes). Les stocks de surproduction se comptent en millions de tonnes, les débouchés intérieurs sont saturés. Les pays du Nord se tournent alors vers le marché mondial. La France, qui bénéficie de la politique agricole commune (PAC politique à l'échelle européenne), devient progressivement l'un des premiers pays producteurs de l'Union européenne.

La taille des exploitations augmente. 60 % des exploitations françaises de moins de 20 hectares ont disparu entre 1967 et 1997, tandis que le nombre de celles de plus de 50 hectares a quasiment doublé. La concentration économique accompagne ce processus. En 1997, 10 % des exploitations européennes réalisaient plus de 65 % des revenus agricoles, les 50 % plus petites n’en réalisant que 5 %.

La révolution verte : intensification de l'agriculture

TracteurL’agriculture intensive demande aux paysans une remise en cause complète de leur mode de vie, afin de produire en quantité et à bas prix. Elle repose sur l'usage optimum d'engrais chimiques, de traitements herbicides, de fongicides, d'insecticides, de régulateurs de croissance... Pour compenser l'appauvrissement de la terre, les engrais sont répandus en grande quantité (plusieurs centaines de kilos par hectare), alors que la plupart des engrais de synthèse ne sont destinés qu'à la plante elle-même et ne nourrissent aucunement le sol. Le contenu minéral de la terre ne cesse de s'appauvrir et nécessite toujours plus d'engrais.

L'agriculture intensive fait appel aux moyens fournis par la technique moderne, machinisme agricole, sélection génétique, irrigation et drainage des sols, culture sous serre et culture hors-sol, etc. en cherchant à profiter des progrès techniques permis par l'avancée des connaissances agronomiques et scientifiques.

En maximisant les rendements, l'agriculture intensive permet de réduire, à production égale, les surfaces cultivées tout permettant d'augmenter sensiblement le taux de boisement du pays.

La nouvelle norme de production se caractérise donc par la mécanisation systématique, l’apport massif d’intrants (engrais et produits phytosanitaires) pour accroître considérablement les rendements, l’introduction massive de capitaux (endettement), l’incorporation de technologies biologiques, et la spécialisation de la production.

Les excès de l'agriculture moderne : crises

ManifestationLe premier choc pétrolier met en évidence la dépendance de l'agriculture vis à vis du pétrole par sa forte consommation d'intrants comme les engrais minéraux. Le prix du blé baissant, de nombreuses exploitations font faillite. En 1979, le scandale du veau aux hormones secoue la profession : 80 % des veaux français sont élevés dans des cages noires et puantes. Des surdoses d’aliments lactés artificiels, enrichis de mauvaises graisses, d’ostrogènes et d’anabolisants les font grossir de cinquante kilos en trois mois. Les hormones artificielles, qui permettent aux éleveurs de gagner jusqu’à un tiers du poids total de l’animal, sont soupçonnées d’être cancérigènes.

En 1984, face aux "montagnes de beurre" et aux "lacs de lait", des quotas laitiers européens sont instaurés. La profession fait de la résistance face aux quotas.

Le rapport Hénin, chercheur à l'INRA, démontre la pollution des eaux par l'agriculture en s'appuyant sur les relevés de teneur en nitrate dans les cours d'eau.

Les problèmes de débouchés pour les produits agricoles apparaissent car, depuis 1980, la sécurité alimentaire de l'Europe est assurée. Les estomacs européens solvables sont pleins ; il faut conquérir des marchés pour écouler la production agricole. La première PAC est en partie démantelée (pour les céréales notamment) pour donner naissance à la deuxième PAC. Celle-ci met en place une baisse des prix à l'exportation en créant un effet de dumping (subventions à l'exportation) pour s'adapter au prix mondial. Le nombre d'agriculteurs ne cesse de diminuer.

Les crises de la vache folle (1996), du poulet à la dioxine (1999) illustrent bien la perte de confiance de la société envers un système agricole qu'elle a pourtant fortement contribué à mettre en place les décennies précédentes. On demande aux agriculteurs de produire autrement avec plus de transparence (traçabilité).

La pollution par les pesticides

Les pesticides (insecticides, raticides, fongicides, et herbicides), appelés aujourd'hui produits phytosanitaires, sont des composés chimiques dotés de propriétés toxicologiques, utilisés par les agriculteurs pour lutter contre les animaux (insectes, rongeurs) ou les plantes (champignons, mauvaises herbes) jugés nuisibles aux plantations.

Malheureusement, tous les pesticides épandus ne remplissent pas leur emploi. Une grande partie d’entre eux est dispersée dans l’atmosphère, soit lors de leur application, soit par évaporation ou par envol à partir des plantes ou des sols sur lesquels ils ont été répandus. Disséminés par le vent et parfois loin de leur lieu d’épandage, ils retombent avec les pluies directement sur les plans d’eau et sur les sols d’où ils sont ensuite drainés jusque dans les milieux aquatiques par les eaux de pluie (ruissellement et infiltration). Les pesticides sont ainsi aujourd’hui à l’origine d’une pollution diffuse qui contamine toutes les eaux continentales : cours d’eau, eaux souterraines et zones littorales.

Mais la source la plus importante de contamination par des pesticides demeure la négligence : stockage dans de mauvaises conditions, techniques d’application défectueuses, rejet sans précaution de résidus ou d’excédents, ou encore pollutions accidentelles comme, par exemple, lors du rejet accidentel de 1 250 tonnes de pesticides dans le Rhin, en novembre 1986.

PesticidesSi les pesticides sont d’abord apparus bénéfiques, leurs effets secondaires nocifs ont été rapidement mis en évidence. Leur toxicité, liée à leur structure moléculaire, ne se limite pas en effet aux seules espèces que l’on souhaite éliminer. Ils sont notamment toxiques pour l’homme. Même si les doses que nous absorbons sont faibles, à plus long terme, l’exposition aux pesticides pour la population générale pourrait avoir des effets sur la santé. Malgré différentes études épidémiologiques menées en Amérique du Nord et en Europe, il est difficile pour les experts de tirer des enseignements clairs et consensuels sur le sujet.

Les effets des pesticides sur l'environnement

Estimer les effets sur les écosystèmes d’une pollution liée aux pesticides (pardon, aux produits phytosatinaires) s’avère difficile, car il existe un millier de familles, soit des dizaines de milliers de pesticides. Ils sont en outre utilisés à faibles doses et leurs comportements sont très divers. Leur impact dépend à la fois de leur mode d’action (certains sont beaucoup plus toxiques que d’autres), de leur persistance dans le temps (certains se dégradent beaucoup plus rapidement que d’autres) et de leurs sous-produits de dégradation lesquels sont parfois plus toxiques et se dégradent moins vite que le composé initial. Leurs effets sur le vivant sont, eux aussi, encore très mal connus.

Les pesticides sont retrouvés essentiellement dans l'eau : d’après l’Institut Français de l’environnement (IFEN) on trouve des résidus de pesticides dans 75% des eaux Avion_pesticidesuperficielles et dans 57% des eaux  souterraines en France. Sur environ 400 substances recherchées, 201 ont été mises en évidence dans les eaux de surface et 123 dans les eaux souterraines. Les herbicides sont les composés les plus retrouvés dans les eaux. Le sixième rapport IFEN sur les pesticides dans les eaux pointe ainsi une contamination quasi-généralisée des eaux par ces produits.

On les retrouve aussi dans nos aliments : les plantes cultivées étant les cibles des applications de pesticides il n’y a rien d’étonnant à ce que l’on retrouve des résidus de ceux-ci dans les aliments végétaux (légumes, fruits, céréales). Il s’agit d’une contamination de fond de notre alimentation puisqu’en France une enquête de 2007 de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) démontre que 52,1% des échantillons de fruits et légumes analysés contenaient des pesticides (voir détails plus bas).

Les pesticides peuvent aussi se retrouver dans l'atmosphère. Les molécules voyagent dans l'air lors des épandages et à la suite de l'évaporation des eaux de pluies.


Familles de pesticide :

Les principaux pesticides utilisés actuellement appartiennent à quelques grandes familles chimiques :

  • Les organochlorés (hydrocarbures chlorés), comme le DDT synthétisé dès les années 1940, sont des pesticides très stables chimiquement. Le DDT a été utilisé partout dans le monde dans la lutte contre les insectes, jusqu'à ce que l'on découvre qu’il était peu dégradable et pouvait se concentrer dans les organismes en bout de chaîne alimentaire, par bio-accumulation, avec des risques certains pour la santé humaine. Son utilisation est aujourd’hui interdite dans de nombreux pays tempérés, mais on en trouve encore beaucoup dans les milieux aquatiques. En outre, ils continuent à être employés dans certains pays tropicaux.

  • Les organophosphorés sont des composés de synthèse qui se dégradent assez rapidement dans l’environnement mais qui ont des effets neurotoxiques sur les vertébrés.

  • Les pyréthroïdes sont des insecticides de synthèse très toxiques pour les organismes aquatiques. Une pollution accidentelle des eaux par ces composés peut être dramatique.

  • Les carbamates, très toxiques, sont utilisés comme insecticides et fongicides.

  • Les phytosanitaires, qui regroupent un très grand nombre de produits de la famille des triazines ou des fongicides, représentent plus de la moitié du tonnage annuel des pesticides utilisés en France. Ces produits réagissant avec le sol lors de leur migration (piégeage, relargage, spéciation), l’évaluation de leur devenir et de leur impact se révèle difficile.

Rapport 2007 de la DGCCRF

Le programme de surveillance pour les résidus de pesticides d'origine végétale est conduit par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). 6 laboratoires de la DGCCRF sont concernés par le programme de surveillance et par le programme de contrôle ciblé. Les méthodes d'analyses utilisées permettent de détecter les molécules de produits phytosanitaires le plus souvent à des niveaux de 0,01 mg/kg.

Le programme 2007 a conduit à l'analyse de 5 412 échantillons de fruits et légumes frais ou transformés, de produits destinés à l’alimentation infantile, produits destinés à l’alimentation animale, de céréales et de produits végétaux biologiques mis sur le marché français, dont 968 dans le cadre du plan de contrôle. La répartition des échantillons selon leur origine (hors produits biologiques et produits destinés à l’alimentation animale) est la suivante : 67,1 % sont d’origine française, 18,2 % ont pour origine les autres États membres de l’Union européenne, 14,5 % sont importés de pays tiers et 0,2 % sont d’origine non déterminée. Les analyses ont porté sur la recherche et le dosage de 266 matières actives. Les molécules les plus souvent retrouvées sont des insecticides et des fongicides.

Le plan de surveillance a porté sur 4 444 échantillons :

S'agissant des résultats du plan de surveillance des fruits et légumes (3 742 échantillons), 47,9 % des échantillons ne contiennent pas de résidus de pesticides. Des teneurs inférieures à la limite maximale résiduelle (LMR) ont été détectées pour 44,5 % des échantillons. 92,4 % des fruits et légumes analysés respectent donc la réglementation. Les LMR ont été dépassées dans 7,6 % des cas (3,8 % en ne considérant que les dépassements des LMR communautaires).

Parmi les légumes, 58,7 % ne contiennent pas de résidus et en moyenne 7,2 % sont non conformes. Les dépassements concernent essentiellement les poivrons et piments, les tomates, les poireaux, les laitues et les épinards. À l'inverse, les carottes, les pommes de terre, les endives et les concombres présentent un taux de dépassement de la LMR inférieur à la moyenne (en ne considérant que les légumes pour lesquels le nombre d'échantillons analysés est représentatif).

Quant aux fruits, 29,7 % ne contiennent pas de résidus et en moyenne 8,5 % sont non conformes. Les dépassements concernent essentiellement les fraises, les mandarines et les raisins. À l'inverse, les pêches, les bananes et les pommes ont un taux de dépassement de la LMR inférieur à la moyenne (en ne considérant que les fruits pour lesquels le nombre d'échantillons analysés est représentatif).

Les céréales et les produits céréaliers présentent 8,2 % de non conformité sur 282 échantillons. Les contrôles de la production biologique ont porté sur 256 échantillons, avec un taux de non conformité de 3,1 %.

Enfin, aucune non conformité n’a été décelée sur les produits transformés, les produits d’alimentation pour animaux, les produits d’alimentation infantile, les thés, infusions, café et les épices.

Le plan de contrôle a été principalement orienté sur les carottes, les citrons, les concombres, les endives, les salades, les tomates, les pêches et les mandarines. Il a porté également sur les non-conformités résultant des alertes communautaires ; à ce titre, 968 échantillons ont été prélevés : 10,6 % des échantillons ont dépassé les LMR.

    La pollution par les engrais

    Les engrais  apportent aux végétaux cultivés les nutriments nécessaires à leur croissance. Les engrais doivent apporter, en justes proportions:

    • - des éléments de base, azote (N), phosphore (P), potassium (K); on parle des engrais de type NPK si les trois sont associés. Sinon, on parle également de N, NP, NK, PK;
    • - des éléments secondaires, calcium (Ca), soufre (S), magnésium (Mg),
    • - des oligo-éléments, tels que le fer (Fe), le manganèse (Mn), le molybdène (Mo), le cuivre (Cu), le bore (B), le zinc (Zn), le chlore (Cl), le sodium (Na), le cobalt (Co), le vanadium (V) et le silicium (Si).

    • On distingue trois types d'engrais : les engrais organiques (d'origine animale ouTracteur_lisier végétale), les engrais chimiques (substances d'origine minérale, produites par l'industrie chimique, ou par l'exploitation de gisement naturels de phosphate et de potasse) et les engrais organo-minéraux (mélange des deux premiers).

      Les engrais mal utilisés polluent les eaux souterraines (en s'infiltrant dans le sol avec l'eau de pluie et d'arrosage) et de surface (en ruissellant). L'emploi excessif d'engrais a fait sensiblement augmenter la quantité de nitrate dans les rivières et nappes phréatiques peu profondes.

Les Nitrates

Le nitrate est pourtant un élement naturel bénéfique intégré au cycle de l'azote et indispensable à la croissance des végétaux. Il est épandu sous forme organique (déjection animale : fumier, lisier) ou minérale (chimique). Un emploi excessif de nitrates déséquilibre ce processus : après l'épandage d'engrais azotés, l'eau de pluie, en s'infiltrant, entraîne dans sa course l'engrais que les plantes et les sols n'ont pu absorber. Cette charge azotée s'infiltre alors jusqu'aux réserves d'eau douce qu'elle pollue.

Il faut toutefois savoir qu'une concentration inférieure ou égale à 50 milligrammes de nitrate par litre d'eau est sans danger. Les sociétés de distribution d'eau veillent scrupuleusement à ne pas dépasser cette norme.

Les phosphates

En France, les phosphates rejetés dans l’environnement proviennent, à parts sensiblement égales, de sources agricoles (engrais) et industrielles, de déjections humaines et de détergents ou lessives phosphatées. En Europe de l’Ouest, la pollution ponctuelle par les phosphates est estimée à 3,5 grammes par habitant et par jour : 1,2 gramme provient des excréments humains, et le reste surtout des détergents. En matière de pollution diffuse, on estime que 0,5 à 2,5 % du phosphore des engrais utilisés est entraîné par l’eau, lors du lessivage des sols cultivés par les eaux de pluie et de drainage.

Les phosphates sont les principaux responsables, en France et dans le monde, des phénomènes d’eutrophisation (déséquilibre ecosystème dû à un excès de nutriments, qui se traduit par une croissance excessive des algues et une diminution de l’oxygène dissous) et de dystrophisation (état extrême de l'eutrophisation). En effet, non toxiques en eux-mêmes pour la vie animale et végétale, ils portent atteinte à l’environnement dès lors qu’ils sont en fortes concentrations : ils deviennent alors de véritables engrais pour les milieux aquatiques qu’ils contribuent à enrichir exagérément en matière organique.

Annexes :

  • CNRS
  • Wikipedia
  • Observatoire des résidus de pesticides ORP
  • EFSA Autorité européenne de sécurité des aliments
  • A lire aussi :

    · Dossier bio

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